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Ednancyview

Paroles de jeunes africaines: témoignage de Larissa 16 ans

11 Octobre 2013, 21:36pm

Publié par Ednancy

Paroles de jeunes africaines: témoignage de Larissa 16 ans

A 16 ans, Larissa passe d’employeuse en employeuse depuis qu’elle a l’age de 9 ans. Son récit illustre bien la précarité des jeunes filles vulnérables, ainsi que leur manque de pouvoir  de  négociation pour obtenir des conditions de travail et un salaire décents.

Larissa raconte : « C’est un animateur qui passait de maison en maison qui m’a expliqué qu’il y avait des rencontres au centre que je pourrais y trouver des conseils. Les causeries m’aident beaucoup. Avant, je pouvais faire trois jours sans douche. C’est agréable de sentir l’air passer sur moi.  ça aussi profité aux patronnes chez qui je travaillais comme domestique. J’ai compris que je devais faire la vaisselle tout de suite plutôt d’attendre le soir, avec les douches dessus, qu’il ne fallait pas que je traîne en chemin lorsqu’on m’envoyait acheter des condiments, que je ne pouvais pas dépenser l’argent pour m’acheter des friandises…Les patronnes aussi me le disaient mais en gueulant. Les journalistes de l’Asmade, elles, elles donnent des conseils, c’est différent.  

Présentement, je ne suis plus domestique, je vends des mèches et des produits pour cheveux dans une boutique de coiffure. Je gagne 15 000 francs (23 euros) et même si j’enlève le manger et le savon, c’est beaucoup mieux qu’avant. Pour les fêtes, je vais pouvoir me natter (acheter des mèches). Je suis retournée chez ma sœur. Comme j’ai du travail, elle me laisse tranquille. La boutique vient juste d’ouvrir. Pour l’instant, je ne vends pas beaucoup. La patronne me dit de ne pas me décourager.

L’Asmade1 m’a inscrite à l’école du soir, en CP1. Je suis très contente. Je n’étais jamais allée à l’école, mais je connais le livre de lecture par cœur parce que c’est le même que celui qu’avaient les enfants de ma sœur. Quand ils faisaient leurs devoirs le soir dans la cour, je m’approchais et je les entendais lire « Ali est vêtu », « Papa a une moto »... Ça me faisait envie mais ma sœur ne répondait pas quand je lui demandais d’aller à l’école moi aussi. Pour mon petit frère, c’est un de mes grands frères de Côte d’Ivoire qui paye sa scolarité. Si je sais lire et écrire comme les autres, je vais pouvoir avoir un meilleur travail. Je pourrais noter ce qui s’achète chaque jour, écrire le nom des articles que les clientes demandent et que nous n’avons pas dans la boutique. Je vais pousser jusqu’à ce que je peux.

Présentement, j’ai un copain. Je l’ai rencontré chez une amie qui vend du thé. Ça fait un an qu’on se suit. Il est allé au village de mon papa pour lui dire qu’il voulait m’épouser. Mon papa est d’accord. Les anciens ont dit qu’ils allaient me rappeler pour nous dire quand nous pourrons revenir saluer la famille et nous marier. Ils n’ont toujours pas téléphoné. Je ne sais pas combien de temps je vais devoir attendre.

Avant de coucher avec lui, je lui ai demandé qu’on fasse le test VIH. C’est au centre qu’on nous a dit de le faire. J’avais un peu honte et un peu peur qu’on trouve le sida pour le garçon ou moi. Pendant les relations sexuelles, j’ai mal. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai été excisée. Une amie m’a expliqué qu’après un temps, on ne sent plus la douleur. A lui, je n’ai rien dit.

Je ne fais rien pour ne pas prendre une grossesse. Si je prends une grossesse, c’est bien. J’irais vivre avec mon copain. Mais je préfèrerais qu’on se marie avant. Parfois, il me donne un peu d’argent. Il fait des voyages au Ghana pour acheter là-bas et vendre ici. Si j’ai un enfant, je pense qu’il restera avec moi. On n’a jamais parlé de ça ensemble, mais je lui fais confiance.

J’ai une amie qui suit des hommes au hasard, elle a déjà fait deux avortements. Dernièrement, elle a dû rentrer au village pour accoucher. Elle s’y est prise trop tard, sa grossesse s’est vue. Les gens l’ont empêché de prendre les tisanes. Ils disaient qu’elle était en train d’assassiner un être humain. Il y a aussi des filles qui prennent les grossesses non désirées et qui se font jeter dehors par leurs parents, ou qui commettent la prostitution pour s’amuser et qui ne peuvent plus en sortir.

Même si tu as un boulot, c’est difficile d’avoir à manger. On ne te paye pas ou on ne te paye pas bien. Mes grands frères travaillent dans les plantations de café et de cacao. Ils m’ont déjà envoyé de l’argent pour m’aider à tenir entre deux patronnes. Mais c’est pour aider mon papa qu’ils sont en Côte d’Ivoire. Si je demande aussi, ce n’est pas bon. Je voudrais avoir mon propre commerce. Je prie Dieu pour avoir une boutique de mèches à moi. "

Asmade: Association Songui Manégré/Aide au Développement Endogène

Source: ONG Equilibres et Populations

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