Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Ednancyview

Paroles de jeunes africaines: témoignage de Salimata 14 ans

11 Octobre 2013, 22:02pm

Publié par Ednancy

Paroles de jeunes africaines: témoignage de Salimata 14 ans

Salimata, 14 ans : en dépit d’un problème de santé qui a interrompu sa scolarité, elle a la chance de bénéficier d’un apprentissage dans un salon de coiffure dont la patronne est particulièrement bienveillante. Son récit reflète néanmoins la difficulté des jeunes filles de son âge à gagner la considération des adultes.

"J’ai arrêté l’école en CM1 parce que je suis malade. Je m’évanouis beaucoup. Parfois, c’est trois fois par jour, cinq fois par semaine... Depuis que je suis bébé, je m’évanouis comme ça. C’est comme si on soufflait en moi. Je sens que je gonfle, j’écarquille les yeux… Les gens qui ne connaissent pas, ils peuvent penser que je m’amuse. Les professeurs, ça les fatiguait de devoir me soulever pour aller me coucher. Alors, quand ils ont appris que mes parents ne faisaient rien pour me traiter, ils m’ont renvoyée.

Au début, j’aimais bien l’école mais au CM1, ça m’emmerdait beaucoup. Quand je me relevais après un évanouissement, on me disait de rentrer chez moi, même si les cours n’étaient pas finis. Je disais que je voulais rester mais on me chassait. Finalement, ça ne m’a pas attristée trop longtemps d’avoir quitté l’école, parce que tout de suite après, une amie d’enfance de mon papa a proposé de me faire travailler dans son salon de coiffure. Comme c’est une amie, elle ne nous fait pas payer les frais d’apprentissage.

Mon papa, lui, il a une petite boutique où il vend un peu de tout. Ma maman, elle vend les légumes au marché. Je suis l’aînée. Après moi, j’ai deux petits frères et une petite sœur. Dans la cour, on vit aussi avec les deux frères de mon père et leur famille, et ma tante paternelle qui est célibataire. Je préfèrerais vivre dans le quartier où vit ma grand-mère maternelle parce que là-bas, ils élèvent des bœufs, et moi j’aime bien les animaux. C’est un quartier de chevaliers aussi : chaque soir, ils font des courses de chevaux. Notre quartier n’a rien de spécial, mais bon… il n’est pas mauvais non plus. Une fois, je suis allée voir un oncle : son quartier est tellement sale que je n’ai rien pu manger.

Ma patronne est gentille. Elle ne m’injurie jamais. Si je fais quelque chose qui n’est pas correct, elle s’assoit avec moi, elle m’explique, elle me demande de m’excuser et ça s’arrête là. Elle ne me paie pas, mais à l’approche des fêtes, elle peut me donner un cinq milles (5000 francs soit 7,5 euros). Parfois, quand je fais la pédicure, si je m’occupe bien de la cliente, elle me donne 500. Cet argent-là, je l’utilise pour m’acheter du parfum ou je l’épargne. Si je veux l’épargner, je le donne à ma maman, et avec ça elle m’achète des tenues. C’est comme ça que j’ai eu le pagne du 8 mars (pagne que les femmes portent pour célébrer la Journée internationale des droits des femmes). La sœur de ma patronne aussi est très gentille : elle me donne tous ses habits qu’elle ne porte plus et qui me vont bien.

J’ai de la chance, les gens qui sont autour de moi ne sont pas méchants. J’ai des amies domestiques qui viennent au centre, pour qui c’est vraiment dur. Ça arrive que leur patronne les chasse du jour au lendemain. Alors moi, quand j’entends une dame au salon qui cherche quelqu’un, je m’arrange pour les faire embaucher. Je m’entends bien avec maman aussi. Je peux tout lui dire à condition d’attendre que les autres sortent. Quand j’ai eu mes règles, elle m’a acheté des vanias (serviettes hygiéniques) et elle m’a expliqué qu’il fallait que chaque mois je me débrouille pour avoir 500 francs (0,76 €) pour acheter ça. Comme je travaille, c’est une manière de m’apprendre à épargner. Si je n’y arrive pas, je lui demande et elle complète. Et elle me dit «  Le prochain mois, il faut que tu ais les 500 ».  Mais acheter le coton, ça je n’aime pas ça. J’ai honte. Je dis que c’est quelqu’un qui m’a envoyée. 

Depuis que je vais au centre, j’ai changé côté hygiène. Avant, quand j’avais mes règles, le matin je changeais le coton, mais je ne me lavais pas. Maintenant, je prends toujours une douche. Avant aussi, je ne lavais pas bien mes habits. Depuis les conseils des animatrices, j’ai étalé une petite corde derrière la concession, pour faire sécher mes culottes au soleil. J’apprends beaucoup de choses, c’est ça qui me plait. J’ai appris les conséquences de l’excision par exemple. Moi, je n’exciserai pas mes filles. J’en ai parlé à la maison. D’habitude, on ne m’écoute jamais, mais là mes parents m’ont bien écouté et ils m’ont crue parce que je leur ai dit que je venais d’un centre de santé. Ils en avaient entendu parler, mais ils n’avaient pas trop compris le problème...

Source: ONG Equilibres et Populations

Commenter cet article