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Ednancyview

Egalité: du côté de la femme tunisienne

9 Février 2014, 14:11pm

Publié par Ednancy

Je commence ce récit par une citation de Sen: "Bien que le genre ne renvoie pas au fait d’être un homme ou une femme, les femmes restent cependant les premières victimes des inégalités dans les différentes sphères de la vie".

Je vous emmène de ce fait en Tunisie, du côté des femmes tunisennes. Le 26 janvier dernier, le gouvernement tunisien a adopté une nouvelle constitution dans laquelle a été introduit pour la première fois dans le monde arabo-musulman, l'objectif d'égalité de genre: la parité hommes-femmes. Bonne initiative, mais qu'est-ce qui va réellement changer pour la femme tunisienne et qui ne l'était pas au temps de Ben Ali? Ayant la chance d'avoir vécu quelques années dans ce pays magnifique qu'est la Tunisie, il me paraît opportun d'opinionner sur la place qu'avaient les femmes tunisiennes sous le règne du leader déchu.

A quelques jours de mon voyage en Tunisie, ma mère m'a fait un discours des plus moralisateurs. Elle m'a littéralement fait savoir que j'arrivai dans un pays arabe et musulman de surcroît où certaines mœurs qu'on avait chez nous étaient abolies. Là bas me dit-elle, on ne porte pas vos morceaux de tissus que vous les jeunes filles d'aujourd'hui aiment porter à bout de champ. Là bas, il n'y aura pas de sorties en boîtes de nuit (certains vêtements ne te serviront à rien). Là bas, la jeune fille et la femme sont habillées de façon à ce que rien n'excède les limites de la décence. Là  bas, seuls les hommes ont la parole, les femmes sont soumises et n'ont pas leurs mots à dire dans toutes les décisions de la famille. Elles sont généralement mères au foyer et ne font pas de longues études. Bref, elle m'a fait tout un speech sur la condition des femmes en Tunisie. Ce qui m'obligea à retirer de ma valise, tous mes vêtements inadaptés aux modes de vie de mon pays d'accueil.

Cependant, dès mon arrivée, à Tunis- Carthage, je constatai que les femmes tunisiennes n'étaient pas comme ma mère le pensait. La première personne avec qui j'ai échangé des formalités était bel et bien une femme qui travaillait dans la police. A ce moment-là, j'avais envie de dire Maman, tu vois, les femmes travaillent ici aussi. A l'université, dans ma classe, à ma plus grande surprise, il n'y avait que des jeunes filles comme dans toutes les autres classes d'ailleurs. Il faut dire que l'ancien gouvernement tunisien a beaucoup œuvré pour l'éducation des filles (en 2009, elles représentaient 59, 5% des étudiants de l'enseignement universitaire). Sacré chiffre qui montre que la femme tunisienne bénéficiait d'une éducation gratuite, peu importe qu'elle soit issue d'un milieu favorisé ou pas.

Quand j'interrogeais la plupart de mes amies tunisiennes sur leur futur professionnel. Elles disaient vouloir aller loin dans leur étude: elles voulaient plus tard occuper des postes importantes dans les entreprises et comptaient travailler pour s'affirmer et assurer leur avenir. Même si, le système en place et les mentalités tunisiennes reconnaissaient la place de la femme tunisienne au sein du foyer, à s'occuper de l'équilibre familial. Mes amies rêvaient d'un monde sans inégalités où elles avaient les mêmes chances que les hommes. Travailler dans les secteurs pourtant réservés à l'élite masculine (siéger au parlement, devenir ministre), elles s'y aspiraient allègrement. Elles ne voulaient plus se contenter comme la génération féminine passée, des postes dans l'enseignement. Car, en Tunisie, les femmes qui avaient longuement étudiées, ne devenaient pour bon nombre d'entre-elles qu'enseignant dans les universités (elles représentent 40% du corps universitaire en 2006 et bien plus aujourd'hui). Il faut dire que c'est le seul secteur, que les hommes acceptaient de partager avec le sexe opposé.  

L'exemple frappant est celui d'un enseignant-chercheur de la faculté où j'étudiais. Ayant étudié en France et Maître de conférences en Economie, Monsieur X partageait la pratique de sa profession entre la faculté d'économie de Toulouse et la faculté de Sfax en Tunisie. C'est pour dire qu'il jouissait de deux modes de vie différents et qu'il avait comment dire, l'esprit ouvert. C'était par-dessus tout, un éminent enseignant doté d'une matière grise assez impressionnant. Mais j'avais vite jugé le personnage tant le mythe de l'enseignant modèle, le plus impressionnant que je puisse connaître s'effondra comme un château de cartes lorsqu'un jour, pendant un de ces cours, il nous questionna tous sur la suite de nos études.

Nous lui avions tous rétorqués (garçons et filles) qu'on allait si-possible aller jusqu' au doctorat. Sa réponse fut simple, poignante et des moins évasive: "je ne comprends pas ce besoin incessant pour les femmes d'aujourd'hui, d'être l'égal de l'homme. Je ne comprends pas cet entêtement à faire de longues études alors que l'on sait tous que vous finirez là où la nature veut que vous soyez, à la maison à s'occuper de vos enfants et de votre mari. Vous voyez nous dit-il, ce que je suis aujourd'hui, c'est grâce à ma mère, grâce au temps qu'elle m'a consacré. En ce sens, le fait même de penser qu'une femme puisse partager son temps entre ses enfants, son mari et un emploi en dehors du domicile familial est incompréhensible".

Voilà tout était dit, il s'en suit alors, un long silence dans la salle, suivi de murmures. Les tunisiennes en bonne femme, trop bonne femme n'osant broncher un mot. Alors que mon cœur à moi battait la chamade, j''étai abhorrée et aussi partagée entre le désir de défendre la cause de toutes les femmes en lui clouant le bec à ce monsieur et celui de me taire à tout jamais. Puis, tout à coup, les mots jaillirent comme un volcan en éruption: "Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, puis-je vous dire que vos idées sur la femme tunisienne sont révolues". Sa réponse fut la suivante: "Mademoiselle, vous n'êtes pas tunisiennes vous, donc sachez ce n'est pas de vous dont-il s'agit".

Cet exemple pour souligner qu'en Tunisie, même le plus intellectuel des hommes avait une conception du rôle de la femme assez archaïque et rétrograde. Et que cette conception a pris des voies sombres après la chute de Ben Ali. Cette constitution arrive donc à point nommé pour satisfaire les désidératas de la gent féminine: l'égalité hommes-femmes dans les dimensions économiques, politiques et sociales. Plus de femmes politiques, plus de femmes dans l'hémicycle, plus de femmes au gouvernement et dans la fonction publique. Car, si les femmes sont représentées au parlement, les organes législatifs seront plus sensibles aux préoccupations des femmes et des enfants.

Il est indéniable que la femme tunisienne veut avoir plus de prise de décision dans son foyer (accès et contrôle des ressources de son ménage), le respect de leur liberté individuelle, le choix de vivre sa vie et non la vie qu'on les impose et surtout le droit à la sécurité. Enfin, je reste persuadée que cette constitution sur l'égalité hommes-femmes en Tunisie est une prémice du renouveau social de ce pays. Il va s'en dire que dans un pays comme la Tunisie, la liberté et l'égalité s'appareillent aux mentalités de la société entière. Ce n'est que par l'opiniâtreté de tous, que la parité sera atteinte. Par conséquent, il faut abolir les mentalités rétrogrades sur la femme!

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