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Ednancyview

Le Ciel nous est "presque" tombé sur la tête

8 Septembre 2013, 23:26pm

Publié par Ednancy

Fria, la belle

Fria, la belle

Les habitants de la petite ville de Fria en Guinée-Conakry n’ont pas vu venir celle-là : l’arrêt total de l’usine d’Alumine qui transforme ce lieu pourtant paisible en un cimetière vivant. Si je dis « cimetière » c’est simplement parce que les habitants ne sont que l’ombre d’eux-mêmes. La ville se trouve désormais plongée dans le noir absolu avec pour seul lanterne, cette fine lumière émanant des trois immeubles. Oui, Fria n’est que l’ombre d’elle-même et ce, depuis l’arrêt de la machine à fumée.

Tout a été dit et fait pour que la situation de la cité d’Alumine s’améliore, du moins pour les habitants : des appels au gouvernement jusqu’à la supplication des investisseurs russes pour qu’ils reprennent les activités. Hélas, l’investisseur « blanc » fait la sourde oreille et le gouvernement s’incline alors que la population de Fria se meurt doucement dans des conditions de vie chaotiques. Oui, désormais, les « friakas » appelons ici les habitants de Fria ne jurent plus par le Ciel mais par là prière. Oui, ils s’en remettent à Dieu.

En ces jours-ci, tout a changé dans cette ville longtemps adulée en Guinée, les fleurs ont fané, l’eau se fait rare et même nos amis « les chiens » ont compris qu’il n’aurait plus de bienveillance de la part de l’homme. La machine a emporté dans son arrêt précipité, les espoirs de toute une génération. On pensait éternel, les retombées de l’exploitation de l’Alumine pour la population, mais comme on aime souvent à le dire, l’avenir reste toujours incertain.

Pour  ceux qui ne savent pas, Fria était cet endroit perdu quelque part en Guinée, séparée de la capitale par quatre ponts, où il faisait bon vivre, où un vent doux soufflait tous les matins de Décembre, où Noël  et l’Aïd était célébré par tous, chrétiens et musulmans dans la joie et l’entente. Oui, cet endroit où même le plus pauvre était heureux parce qu’il ne manquait de rien : il mangeait à sa faim, dormait non pas à la belle étoile mais dans un lit douillet. Mais c’était sans compter sur la machine, elle a décidé un jour de s’arrêter sans nous prévenir.

Aujourd’hui, les mots me manquent pour décrire l’état ahurissant dans lequel se trouve cette belle cité qui avait pourtant tout pour elle. Face à ce constat amer, la ville se vide petit à petit, de ses enfants qui  s’en vont demander l’aumône dans la capitale. Qui l’aurait cru. Pas moi en tout cas, je me rappelle encore mes vacances dans cette capitale, je n’y restais que deux jours pour des vacances, car ma petite ville me manquait, mon confort quotidien me manquait. Oui, les habitants de Fria était naguère habitués à un confort sans pareil en Guinée. On méprisait la capitale parce qu’elle était obscure et on préférait notre « petit paris », c’était notre fierté à nous. Une fierté qu’on a ravalée peu à peu  face à l’incertitude qui pèse sur la reprise de la machine.

Certains plient bagages, disent au revoir à leur famille et s’en vont vers la capitale. Là-bas, ils pourront au moins s’adonner à quelques activités lucratives afin de subvenir aux besoins des familles restées à Fria.  D’autres préfèrent rester et couler avec le navire ou attendre une missive qui changerait comme par enchantement la situation chaotique de la population. Qu’à cela ne tienne, cette missive tarde à venir au jour d’aujourd’hui et l’optimisme de cette chère population diminue pour laisser place à un pessimisme enfouie. Oui, devant l’étranger, l’habitant de Fria se voile la face et croît dure comme fer que ça ira. Mais au fond de lui, le désenchantement est réel, le désespoir est présent. Tous, des parents aux enfants, savent que rien ne sera plus pareil pour eux, les choses ne redeviendront plus comme avant, cette condition de vie longtemps chérie ne sera plus comme jadis.

L’indignation se lit sur les visages face à l’incapacité du gouvernement. La peur de l’autre et l’insécurité grandissante se sont installées dans la ville. Oui, le ciel est entrain de nous tomber sur la tête. Comme dirait Corneille : Ô rage ! Ô désespoir…N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?...Ô cruel souvenir de ma gloire passée. 

Pour voir mes autres écrits sur Fria, cliquez sur ces deux liens:

http://ednancyview.overblog.com/pourquoi-fria-agonise-premi%C3%A8re-partie-d%E2%80%99une-agonie-lente-et-douloureuse

http://ednancyview.overblog.com/pourquoi-fria-agonise-deuxi%C3%A8me-partie-d%E2%80%99une-agonie-lente-et-douloureuse

 

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