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Ednancyview

Lecture du jour: Vautrin, le tentateur machiavélique

13 Février 2013, 19:58pm

Publié par Ednancy

Lecture du jour: Vautrin, le tentateur machiavélique

 

Si vous n’avez pas encore dévoré l’œuvre de l’écrivain français Honoré de Balzac intitulé « le père Goriot », je pense que vous devriez le faire.

Voici un passage de ce chef d’œuvre qui m’a personnellement interpellé sur la nature humaine. « Vautrin est un forçat évadé et enrichi, il essaye d’endoctriner un jeune homme qui rêve de la richesse et qui veut faire son chemin dans le monde. Vautrin ayant eu vent des pensées enfouis du jeune homme, décide de l’administrer une leçon toute particulière. De manière simple, voilà de quoi il est question : le jeune homme rêve de la vie mondaine, il veut faire fortune pour côtoyer les élites, tout cela en travaillant comme font les braves gens. Pour Vautrin, le travail n’est pas la solution à son problème.

Pour ma part, la leçon releve du cynisme tant l’homme que représente Vautrin est à la fois machiavélique (la fin justifie les moyens) et immoral (le mépris du travail).

Discours de Vautrin au jeune homme

Une rapide fortune est le problème que se proposent de résoudre en ce moment cinquante mille jeunes gens qui se trouvent tous dans votre position. Vous êtes une unité de ce nombre là. Jugez des efforts que vous avez à faire et de l'acharnement du combat. Il faut vous manger les uns les autres comme des araignées dans un pot, attendu qu'il n'y a pas cinquante mille bonnes places.

Savez-vous comment on fait son chemin ici ? par l'éclat du génie ou par l'adresse de la corruption. Il faut entrer dans cette masse d'hommes comme un boulet de canon, ou s'y glisser comme une peste. L'honnêteté ne sert à rien. L'on plie sous le pouvoir du génie, on le hait, on tâche de le calomnier, parce qu'il prend sans partager ; mais on plie s'il persiste ; en un mot, on l'adore à genoux quand on n'a pas pu l'enterrer sous la boue. La corruption est en force, le talent est rare. Ainsi, la corruption est l'arme de la médiocrité qui abonde, et vous  en sentirez partout la pointe.

Mais que croyez vous que soit l'honnête homme ? …l'honnête homme est celui qui se tait, et refuse de partager. Je ne vous parle pas de ces pauvres ilotes qui partout font la besogne sans être jamais récompensés de leurs travaux, et que je nomme la confrérie des savates du bon Dieu. Certes, là est la vertu dans toute la fleur de sa bêtise, mais là est la misère. Je vois d'ici la grimace de ces braves gens si Dieu nous faisait la mauvaise plaisanterie de s'absenter au jugement dernier. Si donc vous voulez promptement la fortune, il faut être déjà riche ou le paraître.

Pour s'enrichir, il s'agit ici de jouer de grands coups ; autrement on carotte, et votre serviteur ! Si, dans les cent professions que vous pouvez embrasser, il se rencontre dix hommes qui réussissent vite, le public les appellent des voleurs. Tirez vos conclusions. Voilà la vie telle qu'elle est. Ça n'est pas plus beau que la cuisine, ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l'on veut fricoter ; sachez seulement vous bien débarbouiller : là est toute la morale de notre époque. Si je vous parle ainsi du monde, il m'en a donné le droit, je le connais.

Croyez vous que je blâme ? du tout. Il a toujours été ainsi. Les moralistes ne le changeront jamais. L'homme est imparfait. Il est parfois plus ou moins hypocrite, et les niais disent alors qu'il a ou n'a pas de mœurs. Je n'accuse pas les riches en faveur du peuple : l'homme est le même en haut, en bas, au milieu. Il se rencontre par chaque million de ce haut bétail dix lurons qui se mettent au−dessus de tout, même des lois ; j'en suis. Vous, si vous êtes un homme supérieur, allez en droite ligne et la tête haute. Mais il faudra lutter contre l'envie, la calomnie, la médiocrité, contre tout le monde.

Si j’ai encore un conseil à vous donner, mon ange, c’est de ne pas plus tenir à vos opinions qu’à vos paroles. Quand on vous les demandera, vendez-les. Un homme qui se vante de ne jamais changer d’opinion est un homme qui se  charge d’aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l’infaillibilité.

Il n’y a pas de principes, il n’y a que des évènements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que des circonstances : l’homme supérieur épouse les évènements et les circonstances pour les conduire.

Et qu’avez-vous pensez de ce passage du roman ?

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