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Ednancyview

Pourquoi Fria agonise? Deuxième partie d’une agonie lente et douloureuse

24 Mars 2013, 23:17pm

Publié par Ednancy

Pourquoi Fria agonise? Deuxième partie d’une agonie lente et douloureuse

Pendant que l’avenir de notre belle cité se dessinait à l’horizon, les enfants de Fria dévoraient la vie avec assurance. En effet, Fria c’était l’usine d’alumine mais aussi les lieux de vie qui faisait de cette cité, une ville où il fait bon vivre.

Fria c’est avant tout, la piscine municipale où chaque après-midi de Jeudi, les enfants de Fria s’y retrouvaient pour faire un semblant de natation dans cette eau bleue qui rappelait un peu la méditerranée. Cette piscine municipale n’était pas simplement une piscine mais également un lieu où chaque samedi matin, des petits évènements entre collégiens et lycéens s’y déroulaient. Je dis par « petits évènements », les apartés entre potes auxquels on assistait au détriment des cours du samedi matin. Dans l’enceinte de cette même piscine, se passait des petites fêtes nocturnes qui accueillaient des artistes phares de la musique guinéenne. Faut dire que Fria bougeait au rythme de la vie.

Fria c’était aussi le terrain de Basket-ball. Placé en plein centre de la ville, le terrain de Basket-ball était l’endroit favori des « Friakas » que nous fûmes et que nous sommes. Le Basket-ball, était le sport favori des jeunes branchés de Fria, sous la direction de coach Madani, ce sport est devenu au fil du temps, un loisir intergénérationnel. Je me rappelle encore, au lycée, je faisais partie des « lionceaux de Fria », une équipe féminine rassemblant les passionnées du sport. A partir de 18h, ce lopin de terre qu’était le terrain de Basket-ball, devenait le théâtre de plusieurs faits divers qui s’y déroulaient.

A part les entrainements quotidiens, le terrain de Basket-ball avait aussi une histoire à raconter. Pour faire partir des élus de Fria, il fallait oser s’y promener. Frères et sœurs s’y retrouvaient chacun dans son groupe, des amours d’adolescence y ont vus le jour, sans compter des ruptures et des clans y ont été crées. Bref, des liens indescriptibles sont nés sur ce terrain soit entre partenaires de jeu ou entre observateurs. De 18h à 20h, il avait un quasi-spectacle sur ce terrain et ses alentours. Tous les jeunes branchés de Fria s’y regroupaient pour blablater sous le regard amusé de la vendeuse de beignets à qui profitait ce mini-spectacle.

Fria c’était aussi « le plateau », le lieu de commerce de la cité ou le « Wall street » de Fria. Du matin à l’aube, le plateau vivait sans arrêt. Banques, boutiquiers, artisanats, cordonniers, bijoutiers, vendeurs à l’étalage, cafés, restaurants…y étaient implantés. Ce qui faisait surtout le plateau, c’était le grand marché journalier de Fria. Le matin, les femmes au foyer allaient faire leurs courses quotidiennes au marché alors que le soir, c’était tout un autre. Seuls quelques commerces y étaient ouverts : vendeurs à l’étalage, cafés et restaurants nocturnes. C’est là où intervient le nommé « Houfoungri », tous les Friakas savent de qui je parle.

Après nos escapades nocturnes en boites de nuit, la faim nous terrassait, on ne pouvait donc s’hasarder à rentrer à la maison sans passer chez lui « Houfoungri ». Pourquoi ? Mais pour ses omelettes au Sandwich dont lui seul avait la recette. Une demi-baguette aux omelettes et le tour était joué, on pouvait enfin rentrer et dormir sans problèmes. Oui, « Houfoungri » faisait nos fins de soirées. Cependant, le monopole de l’homme aux omelettes pris fin lorsque « Daouda », l’homme aux salades nocturnes établit son siège de l’autre coté du plateau. Il y soufflait donc comme un vent de concurrence. Faut dire que l’homme aux salades l’emporta. Oui, on trompait « Houfoungri », mais faut dire que sa salade le méritait et nous, nous le valions bien.

Tous ses petits moments agréables dont je vous conte et tous ses lieux de vie ont fait de Fria une ville industrielle populaire qui faisait la fierté de ses habitants. On incarnait la différence, le développement et la petite bourgeoisie. Bref, nous n’avons rien à envier à l’occident. Et c’est là tout le malheur puis que, nous n’avions pas compris que nous vivions aux dépens d’une machine et que la machine pouvait à tout moment s’arrêter sans préavis. Il faut dire que tout était fait pour qu’on n’y pense point. Et pourquoi on le devrait, on se contentait juste de vivre l’instant présent dans la bonne humeur, la paix et la quiétude dans la cité. Tout le monde vivait sans peur dans l’avenir peut-être nos parents y pensaient. En fait, ce sont eux (nos parents) qui chaque matin se levaient pour aller travailler à l’usine. Ceux là peut-être ont pensé à l’avenir. Mais nous, enfants et adolescents que nous fûmes, ne nous doutâmes une seconde, que le pire était à venir.

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