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Ednancyview

Pourquoi Fria agonise ? Première partie d’une agonie lente et douloureuse

18 Mars 2013, 18:36pm

Publié par Ednancy

L'immeuble F8 de Fria

L'immeuble F8 de Fria

Pour parler de la crise actuelle de Fria, il me faut faire un détour sur le sentiment de fierté que Fria évoquait pour tout guinéen, pour tout "Friakas" ou pour toute personne ayant résidée dans cette ville.

Fria ?

Beaucoup d’entre vous entendent ce « nom » pour la première fois alors que pour certains ce nom rappelle l’enfance, la famille, la belle époque et amèrement le présent. En effet, Fria n’est autre qu’une petite ville minière de la Guinée de plus de 100 000 habitants qui a vu naître certains enfants dont je fais fièrement partie. Cette cité minière située à 160 km de la capitale guinéenne abrite la première usine d’alumine en terre africaine. Construite en 1957 par le français Pechiney, l’usine de « Friguia Kimbo » a  été le moteur de croissance de la ville de Fria, une ville perdue aux abords de la capitale guinéenne « Conakry » et reliée à celle-ci par « quatre ponts » dont  la fameuse architecture a attiré bien des regards curieux  et fascinés.

 

La belle époque…

De 1960 au début des années 2000, Fria était la ville par excellence, la ville au dessus de la mêlée. La seule ville guinéenne à vivre presqu’à l’image de l’occident. Il faut dire que les modes de vie instaurés par les investisseurs qui, se sont longtemps succédés pour exploiter l’alumine de Fria y étaient pour quelque chose. En effet, autant la Guinée était convoitée pour ses richesses minières autant Fria multipliait les investisseurs et ce, depuis les années 60. Auparavant convoitée par les français qui ont fait du village de « Sombory », une ville lumineuse étincelante de mille feux, Fria est devenue la première ville éclairée 24h/24 en Guinée à la différence même de la capitale restée dans l’obscurité partielle. On la surnommait jadis « le petit Paris Guinéen » en référence à la capitale française. Et ces habitants n’en étaient pas moins fiers.

 

Un mode de vie à l'image de l'occident...

Du jour au lendemain, on a vu arriver à Fria, des familles françaises. Des épouses qui ont suivi leurs époux, venus travailler à l'usine. En émigrant à Fria, cette délégation française a transporté de l’occident à Fria, leurs modes de vie. Il fallait donc que Fria ressemble à une bourgade française. Ainsi, l’on a vu se créer des beaux quartiers, un magasin (Economat), des lieux de loisirs et des aires de jeux (terrain de tennis, de Basket ball, de Foot, piscine). Bref toute la panoplie des lieux de détente occidentaux.

 

Signes forts de cette métamorphose de Fria... 

Je me dois de mentionner ces imposants "mini-Buildings" construits en plein cœur de Fria. Non loin de rivaliser avec des grattes-ciel, Il était au nombre de trois, on les appelait « les trois immeubles ». Aux quatre coins de la Guinée, leur renommée faisait écho, personne ne pouvait s’hasarder à venir à Fria sans faire un semblant de tourisme pour découvrir ces trois monstres architecturaux. Non contents de s’imposer fièrement comme le berceau de la modernisation de Fria, ces immeubles étaient en plus équipés d’ascenseurs. Il me parait opportun de citer l’existence de ces ascenseurs car nous, enfants de Fria avions tous été, à un moment des victimes  de « ces monstres en fer ». Il faut dire que nous l’avions aussi cherché.

 

Le traquenard des ascenseurs...

En effet, à nos heures perdues, nous avions pour jeu de nous immiscer dans l’ascenseur et de faire des vas et viens sans destination précise juste pour profiter des joies que nous procuraient le monstre en fer. Aussi insensé que cela puisse paraitre, nous en tirâmes  des plaisirs enfantins. Hélas, un malheureux jour nous découvrîmes que le monstre en fer  portait merveilleusement son nom. L’ascenseur s’arrêta net entre deux étages et l’électricité se coupa. Voilà, nous étions dans le noir absolu et nous n’avions aucune idée de la manière de sortir de ce cauchemar.

Il s’en suit alors des fusées de cris, des pleurs et de grincements de dents. On s’était tous mis à chialer comme des bambins que nous fûmes. Et soudain, des voix résonnèrent : c’était des habitants de l’immeuble qui avaient remarqué que l’ascenseur ne marchait pas. Sachant qu’il y avait des vies à l’intérieur, ils ont donc averti le concierge de l'immeuble qui, ayant pris connaissance de la situation était partagé entre deux idées : nous sortir de là ou nous laisser quelques minutes pour nous infliger une leçon. Grâce à Dieu, la première idée l’emporta sur la deuxième et nous sortîmes rescapés du monstre en fer sous les regards sévères de quelques occupants de l’immeuble. Aussitôt sortis, on se promit de ne plus jamais s’adonner à ce jeu. C’en était fini de notre escapade journalier.

 

Par ailleurs, alors que nous étions submergés par nos plaisirs enfantins, nos rêves d’adolescents et cette assurance d’un avenir prometteur, aucun d’entre nous, ne se doutait réellement que la population vivante de Fria que nous fûmes, se trouvait être rattachée par un cordon ombilical à cette usine. Et que l’avenir de cette ville était plus que jamais lié à la MACHINE.

A suivre...

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